mercredi 19 mai 2010

Intermède 02





Voilà, c’est fini. Le premier cycle d’histoire de One Man Tale prend fin, ou plutôt il a pris fin la semaine dernière. C’est pour moi une immense joie que de regarder la rétrospective de ce blog, encore débutant : pourquoi je l’ai commencé, ce que j’ai voulu y mettre, l’idée initiale, la première histoire, les échanges, les conseils, l’habitude, les nouveaux textes, les nouveaux venus…et puis la fin de cette première histoire qui vient définitivement établir mon rythme de parution, ma volonté inébranlable de continuer, les autres récits que j’ai en tête et que j’ai envie de faire partager.
La première chose qui me vienne en tête c’est de dire que One Man Tale va se poursuivre. C’est une question redondante dans la bouche de mes interlocuteurs réguliers, ferveurs lecteurs de ce blog. Ils ne sont pas nombreux mais qu’ils sachent, puisqu’ils liront ces lignes, ce que je leur dois, la valeur de leur avis, le soutient qu’ils ont été, les apports qu’ils ont amenés à mes textes. Ceux qui ont lu mon premier intermède le savent, j’écris pour être lu, pour partager, créer un pont, indirect certes mais un pont tout de même, entre moi et ceux qui me lisent.
« Ceux qui me lisent », joli choix de phrase en vérité, ambigu à souhait, tant il s’applique à Damien et sa quête de lui-même, le rapport intime qui nous lie lui et moi, ces choses cachées que j’ai choisi de livrer sur ce blog. « Il » est effectivement une suite de textes très personnels, presque viscéraux en ce qui me concerne. Mais ce qui fait leur intérêt c’est qu’en dépit de leur nature autocentrée (comme tous les exercices d’écriture au fond), ils parlent à tout le monde…ou en ont tout du moins le potentiel. La fonction première de One Man Tale est donc remplie : tisser un lien, me relier par une émotion similaire à celui, celle qui lit mes histoires. J’en suis profondément heureux.
Je dois à ce titre remercier pas mal de monde pour tout ce qu’ils m’ont apporté : Abilio pour ses conseils avisés et sages (tu ne sais pas à quel point tu avais raison), Adrien pour le choix du blog, Christie et Anna pour leur méthode, Véronique et Carlo pour la motivation. Après viennent tous ceux qui me lisent régulièrement, avec qui j’ai un dialogue autour de ces parutions hebdomadaires : Laëtitia, Matthias, Sébastien, Diane, Sophie, Pierre, Olivier, Zehra, Marie-Odile. Et puis il y a tous ceux que je ne connais pas, ou qui passent par ici sans que je le sache, ou qui n’aiment pas, ou qui ne reviennent pas, ou qui oublient. Tous ces échanges sont aussi riches à mes yeux. Il y en a certes qui me font plus plaisir que d’autres mais chaque marque d’attention à cet univers intime, quelle qu’elle soit, est pour moi très bénéfique.  
Hermann Hesse disait : Rien ne coûte plus à l’homme que le chemin qui le mène à lui-même. C’est bien l’idée directrice de « Il » ; certains prétendent qu’on ne se connaît jamais vraiment, que pour savoir qui on est, on doit faire la somme de ce qu’on sait de nous et du regard des autres sur notre vie. J’ai, bien sûr, un avis très différent sur la question. L’idée de « Il » n’a jamais été d’énoncer une morale, de donner un sens à la métamorphose de Damien. Il ne fini pas l’histoire meilleur qu’il l’a commencé, rien ne dit qu’il fait le « bon » choix. Mais tout le long de l’histoire, souvent vécue par d’autres yeux que les siens, il conserve farouchement cette volonté d’honnêteté envers lui-même. Et je pense fermement qu’il se révèle à lui-même au sein de sa quête (ou de sa fuite selon le point de vue), que partir à l’exploration de soi n’est ni évident, ni facile, ni impossible. 
Mais c’est une démarche personnelle, qui nous est exclusive et qui ne peut appartenir à personne d’autre. C’est même le dernier bastion de notre intimité : cette certitude de savoir qui ont est, cette voix intérieure qui ne nous quitte jamais et avec laquelle on ne peut pas tricher. C’est ça le message que je voulais dire à travers cette histoire : mon identité profonde n’appartient qu’à moi. Mes choix, mes actions, mes décisions, qu’ils obtiennent ou non votre accord, votre aval, votre consentement, votre admiration, votre colère, votre haine, votre affection, ont leur place dans ma logique, mon ressenti, mon expérience.
J’espère avoir pu défendre cette idée de manière intègre, sincère et valide. Même si mon souhait premier est d’avoir diverti, touché ceux qui sont passés sur ce blog (et de continuer à le faire, probablement avec des histoires plus légères et plus narratives). C’est la limite de mon interaction avec les lecteurs : ce qu’ils ressentent leur appartient ; ils ont le choix, ou non, de s’en ouvrir à moi, ou à d’autres, d’échanger sur cet apport, ou sur le temps perdu à lire ces lignes.
C’est donc la fin de « Il » en tant que parution sur ce blog. Je dois dire que je ressens un grand vide très agréable : je n’ai plus envie de parler de Damien et de ses amours, de ses errances, ses recherches de lui ou des autres. Plus envie d’en parler parce que j’ai tout dit à mes yeux sur son histoire, sur lui et son parcours. Même si chacun a eu et aura sa lecture, ce que j’en ai retiré moi me satisfait pleinement.
Bien sûr, il y a des regrets. J’aurai voulu mieux dire, avoir été mieux organisé (publier chaque mercredi certes mais très tard dans la nuit est devenu une habitude bien plus qu’une exception…), avoir eu le loisir d’expérimenter d’avantage mes envies littéraires ; ainsi ma volonté de changer de style avec chaque personnage est un échec complet ! Je me suis rendu compte, déjà bien lancé dans mon histoire, de la difficulté technique, la somme de travail que cela représentait. L’envie est toujours là, ce sera pour plus tard. Pour « Il » c’est un peu tard mais qu’importe.
Il y a eu aussi des victoires, grandes à mon échelle : j’ai, selon les dires de mes lectrices (beaucoup moins de mes lecteurs, semble-t-il) réussi tout à fait à créer, faire parler, agir des femmes de manière crédible. J’ai donc dépassé à la fois une grande angoisse et ce que j’imaginais être un grand défi. J’en suis très heureux. Presque autant que de voir le compteur des visiteurs monter chaque semaine (je me force à ne le regarder que lorsque je mets un nouveau texte afin de ne pas fausser les indications par des passages trop fréquents) : c’est l’élément qui fait que je n’ai jamais été en retard sur mes publications, que j’ai mis un nouveau texte chaque semaine sans réfléchir à aucune alternative, que j’ai tellement envie de continuer aujourd’hui. Qu’Abilio soit remercié mille fois pour m’avoir convaincu de le mettre.
Je dois d’ailleurs dire qu’il est pour moi particulièrement frustrant d’avoir si peu de temps à consacrer à One Man Tale. Non que je chôme pour écrire, chaque parution est le fruit d’un travail sincère, pas autant que j’aime le dire (et m’en plaindre parfois) mais d’un vrai travail tout de même. Le drame, c’est que l’imagination semble être un muscle qui se développe et travaille tout seul à partir du moment où on a commencé à l’utiliser régulièrement. J’ai actuellement au moins trois histoires qui doivent succéder à « Il », trois chemins possible que je peux explorer. Ils sont très différents, certains sont courts, d’autres infiniment longs ; ils ont tous selon moi quelque chose à apporter.
Toutes ces histoires seront différentes mais elles auront toutes un point en commun : la musique qui les accompagne. J’écris en musique, je lis aussi en musique. Le tempo d’une chanson mesure ma lecture, le rythme des phrases que j’écris, le choix des mots au moment de la rédaction. J’attribue une musique à chaque texte, que j’écoute en boucle en écrivant. C’est d’ailleurs un casse-tête sans nom que de trouver la bonne musique pour le bon texte : quand le rythme va, ce sont les paroles qui sont inadaptées, lorsque tout ça correspond, c’est  que la chanson est trop courte, trop répétitive, trop forte…c’est un véritable enfer que de trouver la perle rare, mais bien sûr également un plaisir au moins aussi grand lorsque je parviens. Libre après à chacun d’utiliser ce support à la lecture ou non. Mais dans le cas des textes à venir, je vais me permettre d’en conseiller l’usage.
C’est un nouvel axe de recherche (nous verrons s’il a plus de succès que mon envie de changer de style à chaque intervenant) dont le but est de renforcer l’ambiance des textes à venir, de faire écho à l’écriture, la soutenir, l’enrichir. On verra bien si ça marche. Je sais que ça marche avec moi, reste à savoir si ça fonctionne avec vous. 
Pour finir, je vais me répéter en disant que ce que je valorise le plus sur ce blog c’est l’échange entre vous et moi. Publier, c’est ma part du travail, lire, le vôtre. L’échange, c’est ce qui reste, ce qui s’est passé, s’est noué entre le moment où j’ai mis le texte en ligne celui où vous avez fini de lire. Chaque email de commentaire, court ou long, précis ou vague, affectueux ou mordant, possède une immense valeur à mes yeux. Je ne dis pas que je changerai pour plaire, mais je garde en tête les remarques, du moment qu’elles sont sincères. 
La semaine prochaine comment une nouvelle histoire pour One Man Tale. J’avoue humblement que je n’ai pas encore arrêté mon choix sur les trois pistes que j’ai en tête. J’espère cependant que l’histoire choisie plaira au moins autant que « Il », que le rapport très agréable que j’ai pu établir avec ceux qui m’accompagnent continuera, que d’autres viendront nous rejoindre.
Je vous souhaite une bonne semaine et à bientôt avec One Man Tale.


1 commentaire:

  1. Piuff...finis.
    Etrange impression que celle de lire un livre sur un écran d’ordinateur. Ton histoire mériterais du papier. Comme ça on pourrait corner une page le soir avant de s’endormir. Passe moi l’expression, mais ça pu l’humanité ton récits, il te faut donc un support odorant et doux. Quelques petites remarques sur la forme bien sur, les premiers dialogues sont hésitants, mais on avance et tes personnages sembles plus à l’aise, plus distanciés de leur auteur aussi. J’admire la manière dont tu décris les ressentis, les ambiances, les émotions. Encore une fois ça pu l’humain, et le plaisir d’écrire, des qualités olfactives rares pour de l’écrit.
    Toi mon bonhomme, je vais suivre tes publication de près.

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