mercredi 26 mai 2010

Dream - 01 - Le Réveil

Découvrez la playlist Dream 01 avec Santana feat. Everlast





            J’avais les cheveux bleus.
Je me réveille. Je prends conscience d’être éveillé serait en fait plus juste. Quelle ironie ! Comme si c’était un acte conscient, volontaire…se réveiller. On ouvre les yeux et brusquement on est là, dans le vrai monde. Nos songes bien calés dans l’arrière de notre crâne sombrent de plus en plus dans l’obscurité de nos mers intérieures. Comme des poids qui coulent au fond de l’eau et dont on ne perçoit déjà plus que des fragments, des filaments qui parviennent encore à la surface. Je me réveille, je ne commande rien, je laisse venir ce moment si délicat qui m’englobe, me domine.
J’avais des cheveux bleus. Je me relève doucement, remarque que nous avons encore laissé la lumière allumée hier matin avant de nous coucher. À côté de moi, Alice dort encore. Elle s’est endormie tout habillée dans la belle robe noire que je lui ai offert le soir où je l’ai rencontré. Impossible de l’en séparer depuis. Tendrement, je me penche sur elle, dépose un baiser sur front ; elle ne bouge pas. Je vérifie sa respiration, tâte son pouls. Elle est blanche mais elle vit. Elle a dû se réveiller cette nuit et se faire un shoot dans son coin, à moitié endormie. En fouillant dans les draps, je retrouve son attirail de fortune : cuillère, briquet, caoutchouc et seringue. Petite conne ; ma petite conne adorée. Je vois tes spasmes nerveux qui me laissent deviner sans que j’ai à forcer dans quels cauchemars absurdes tu t’es embarqué. Tu aurais dû me réveiller, je t’aurai pris dans mes bras, je t’aurai fait l’amour et je t’aurai envoyé dans des rêves beaux comme au premier jour. Tu crois que c’est la drogue qui te fait voyager comme ça ? Tu crois que je n’y suis pour rien ?
Je veux des cheveux bleus. Je me calme. Il fait faire attention, je commence à m’attacher. Sagav va le voir. Qui sait ce qu’il lui fera…J’embrasse maintenant la petite blessure dans son bras où elle a fait rentrer l’aiguille. Alice se détend progressivement. Peu à peu, je la vois quitter ses sombres songes pour rentrer dans des rêveries plus douces. Elle sourit maintenant. J’espère qu’elle rêve de moi.
Je veux des cheveux bleus. Dans mon rêve, ils étaient formidables. Comme je les plains, les humains qui oublient leurs rêves. Les miens sont plus tangibles que tout. Celui de cette nuit était très long, il a semblé durer des années. J’avais les cheveux bleus, une guitare rouge. J’étais une rock star. J’étais magicien. Je parlais aux dragons. Je voyageais dans l’espace. Je côtoyais des gens assez puissants pour détruire des planètes. Il y avait des vaisseaux spatiaux, des intrigues, des guerres, des amitiés d’une vie, des amours passionnels, des trahisons terribles. Et puis il y avait aussi la femme en blanc ; elle ne chantait pas que pour moi mais elle me préférait à tous les autres. De ça, j’en étais certain.
J’avais les cheveux bleus. J’étais le seul…je crois. Terrifié, j’ai peur de perdre mon rêve comme les humains perdent le leur au réveil. Mais non, il est là. Je revois une fuite éperdue dans l’espace, une série de duels contre des gens que j’aime profondément, un monsieur tout en noir qui me donne une dernière leçon, la trahison d’un ami à laquelle je n’ai jamais voulu croire. Mais d’autres étaient déjà là, comme d’autres esprits qui sont venus poser des mots sages sur ce rêve sauvage, des flux contradictoires avec les miens, des bouts d’histoires vides de sens, comme une cacophonie sans harmonie. Je chantais au milieu de tout ça mais le monde s’est mis à regarder d’avantage vers ceux qui lui ont posé la bride au cou que moi qui cherchais à le libérer.
J’avais les cheveux bleus, je chantais mais personne n’écoutait plus. Les gens que j’affrontais, des amis anciens que j’aimais comme des frères, venaient comme moi d’un autre temps qui n’existait plus. Alors nous avons lancé la dernière offensive, le baroud d’honneur pour dire adieu à ce monde qui n’était plus le nôtre, que d’autres salissaient et que nous ne pouvions plus reprendre. Perdre, je crois nous aurions pu l’accepter…mais qu’on préfère d’autres à nous, çà non. Je me souviens, j’avais un plan, un plan merveilleux dans lequel je mourrais à la fin. Je voulais qu’elle se réveille, la femme en blanc qui nous donnait à tous nos pouvoirs. Lorsque les nouveaux venus lui arrachaient la magie des doigts, j’étais à genou devant elle et j’embrassais ses mains. J’étais le seul à l’écouter, la comprendre, l’aimer. L’amour des autres n’était que des démonstrations d’affection, il n’y avait rien de sincère. Ils ne voulaient que le pouvoir, la certitude imbécile de leur supériorité. Je ne voulais pas la puissance. Je voulais qu’elle me préfère. Elle en a choisi un autre.
J’avais les cheveux bleus et j’avais choisi ma fin. J’avais tout réglé dans les moindres détails, je savais que tout partirait de travers. Le chaos et l’imprévu faisaient aussi parti de mon plan. Je voulais mourir pour ne pas voir ce monde changer, je voulais devenir aveugle pour ne pas voir que les autres avaient gagné. J’avais passé ma vie à croire qu’il fallait chanter bien, juste, au bon moment. Mes ennemis me prouvaient qu’il suffisait de chanter beaucoup. La force ne venait plus des moments magiques teintés d’héroïsme, les vainqueurs étaient des pragmatiques médiocres qui déversaient leur utilitarisme à outrance sur le monde sans aucun sens du geste. Nous n’étions plus qu’une poignée à y croire encore : moi, le professeur aux yeux noirs, un grand guerrier brutal, un homme blond aux yeux bleus comme moi, son acolyte aux cheveux rouges. Et elle. Pour y arriver, nous aurions dû être au moins sept. Le rêve n’avait plus suffisamment de défenseurs. Ils avaient tous cru en moi, en mon plan. Et moi j’ai choisi de faire confiance au septième, mon plus vieil ami. Il m’a raconté sa fin, très belle, très pure. Mais sa fin à lui. Pas la mienne.
« Maître ? Maître ? »
            On me tire la manche, je reviens dans le vrai monde. Les visages vaporeux dans ma mémoire se dissipent pour laisser place au réel. Je suis au milieu du salon. Par les grandes vitres poussiéreuses, je vois le soleil se coucher sur Sullivan Street. Je baisse les yeux vers Yenjav, prend un moment pourquoi sa petite bouille toute ronde est baignée de larmes. C’est moi, j’ai trop divagué. Je regarde la grande table à laquelle tout le monde prend son petit déjeuner ; tout le monde pleure : Sagav le grand géant chauve et squelettique, Murray le crâne volant, Saned l’ombre fantomatique, Haruko la petite japonaise dans son habit de baseball, Cindy la vieille réceptionniste toute fripée dont la peau est devenue jaune tant elle a fumé ; même Charleston Winston Jr, le gros chat noir, y va de sa petite larme.
            Je souris, j’ai envie de sourire, de donner de la joie à tous mes pensionnaires que j’aime de toute mon âme. Comme par magie, toutes les larmes sèchent en même temps, les sourires apparaissent en face de moi, la joyeuse ambiance bourdonnante du début de la nuit reprend. Je m’assieds, j’engage la conversation, tout le monde est heureux. Tout le monde est heureux si je le suis aussi.
« Maître, je vous ai fait des tartines. »
« Merci Yenjav. À quoi sont-elles ? »
« À la poudre de fée, maître ! »
            Je regarde ma réceptionniste avec tendresse.
« J’avais interdit qu’on aille au Marché des Horreurs, Cindy. »
« Rien ni personne n’auraient pu m’empêcher cette petite vipère de Yenjav. Et j’dois dire que Murray n’étais pas en reste non plus ; j’me trompe ? »
« Maître nous avons aussi trouvé de la gelée de Neverland, et du thé de Wonderland ! »
« Merci Murray. Non pas de sucre, merci. »
            Nous mangeons. Le seul qui ne parle pas est Sagav, comme je l’avais prévu. Mes regards insistants en réponse aux siens sont plus parlants que n’importe quel discours. Non, on ne tuera pas Alice. Non, je ne m’attache pas trop. Non, elle n’est pas dangereuse. Oui, c’est une petite droguée. Non, ça ne fait rien ; après tout les paradis artificiels valent parfois bien ceux que nous donnons au naturel. Il se lève et va bouder en faisant la vaisselle.
            Le temps passe vite ; à peine sorti de table, il faut me préparer. Je suis vite en robe de chambre dans le grand fauteuil du salon, les autre se pressent autour de moi. Cindy me lime les ongles, Haruko me rase, Yenjav me coiffe perché sur son escabeau. Pour ce soir, il faut que je sois impeccable. Tout le monde y va de son petit commentaire, sauf encore une fois Sagav qui repasse mon costume en maugréant dans son coin. Le brouhaha ambiant devient une musique douce qui me berce, une force onirique qui transite par moi et que je redistribue à mes locataires, leur donnant les forces dont ils auront besoin pour leur mission de la nuit. Je ferme les yeux, je repense à mon rêve.
            J’ai les cheveux bleus. Je joue de la musique. Je ne voulais pas que ça finisse comme ça. Je voulais une fin à moi, une fin de rock star. Je voulais partir seul contre tous, avoir pour moi seul l’amour de la femme en blanc, faire trembler l’univers par mes actes héroïques et suicidaires. Je voulais mourir seul face à l’armée des héros de l’univers, tué le sourire aux lèvres de la main de mes anciens alliés que j’aurais aimé plus que jamais. Je voulais qu’ils me tuent pour m’empêcher de tout détruire. Je voulais que ça soit le prodige des magiciens qui me tue ; ou alors l’homme-loup mécanique ; ou alors un ennemi surgit du passé que je croyais mort. Ça aurait été la plus belle fin pour moi. À la place, le dernier des sept avait tout pris pour lui et il était parti. Seul. Sans moi. Me laissant derrière, sans pouvoir, sans magie, sans rêve ; sans lui. Ce monde que quelques secondes auparavant je pouvais encore affronter grâce à ma puissance avait gagné. J’étais, moi aussi, dépouillé de mon pouvoir. « « Il n’y a plus de place pour la beauté chez nous » me disait-il. « Personne n’a le droit de se soustraire à la loi. ». « Tu dois être comme les autres ». « Tu dois te soumettre ».
            J’avais les cheveux bleus. Et c’est tout ce qui me restait. Je me souviens de m’être réveillé. Je ne suis pas humain, je contrôle ces choses-là. J’ai senti le rêve qui voulait me retenir mais je n’avais plus rien à y faire, plus rien à y vivre. Je crois qu’il voulait me donner une place, un rôle, un beau rouage dans le grand engrenage.  Je me fous des engrenages. Je me fous d’avoir une place. Je me fous d’être qui que ce soit. La seule chose qui a jamais compté pour moi, c’est de chanter ; pour moi, pour la femme en blanc, pour tous ceux qui aimaient ma musique. Le reste pouvait disparaître dans un torrent de flamme, je n’aurai même pas cillé. J’aurai presque souhaité avoir déclenché ce torrent de flamme. Réapprendre à mes ennemis à avoir peur, à craindre le jugement du ciel, son jugement à elle. À cesser leur cacophonie incessante et leur apprendre à chanter. À chanter vraiment, avec le cœur, avec les bons mots, au bon moment, pas par habitude ou par facilité.
            Mais des pièces ne collent pas. Je me souviens d’une femme aux cheveux rouges qui se mêlaient parfois aux miens, la mort glorieuse d’un guerrier seul face à un dragon maléfique, un homme seul qui n’a jamais fini de pleurer sa sœur morte, un joueur de guitare en sombrero qui avait dû m’apprendre quelques accords, un combattant aveugle qui était devenu sage et jardinier. Je me souviens avoir fait un dernier voyage pour savoir si j’avais envie de sauver ce monde, ce rêve. Je me souviens que j’ai essayé de le voir tel qu’il était, pas tel que je le voulais. Je me souviens avoir eu envie de le voir brûler. Je crois que c’est la femme aux cheveux rouge qui m’a fait douter. Je ne sais plus. La fin est confuse dans ma tête. Je suis allé chercher ça très loin, peut-être que je me suis trop approché du Château des Songes. Je repousse ce rêve maintenant, j’ai pris suffisamment d’énergie pour la nuit et j’ai besoin d’avoir les idées claires.
            J’ouvre les yeux, de retour dans le vrai monde. Quelque chose a changé. Tout le monde me regarde, l’air ravi. Saned fait léviter un miroir en face de moi. Je souris. J’ai les cheveux bleus. Ils ont trouvé la clef de ma joie et du coup tout le monde est heureux. Mes petits pensionnaires, mes petits esprits chimériques. Nous ne sommes pas bien forts, vous savez…nous n’avons ni la puissance des vampires, ni la magie des sorciers. Nous ne contrôlons pas les morts, nous ne faisons pas sortir le feu de nos mains. Les loups-garous nous détruiraient d’un souffle, les minotaures nous dévoreraient avec délice. Mais nous avons le pouvoir d’éviter ça. Nous sommes la joie des cœurs jeunes, le monstre caché sous le lit, la douce rêverie d’été, l’ébriété songeuse de celui qui a bu, le cauchemar hurlant, le rêve chevillé à l’âme, l’émotion du songe qui persiste en pleine lumière. Mes rêves à moi les nourrissent, leur donne la force de vivre toute la nuit ; notre pouvoir est de jouer de ce rêve, ce passage vers le désir le plus intime de chacun. Personne ne nous craint ; mais personne n’est à l’abri. Tout le monde rêve, tout le monde. Que ce soit le rêve de gloire, de conquêtes, d’amour, de sexe, d’argent, de pouvoir, de domination, de meurtre, de douleur. Nous sommes tout ça et bien plus. Nous sommes la flamme qui porte ces rêves, leur donnant corps un moment, vous donnant l’illusion d’y croire. Nos noms sont songe, rêve, rêverie, méditation, cauchemar, fantasme. Et je suis leur maître.
            Je me lève. Sans un mot, tous m’habillent pour le rendez-vous de ce soir. Sagav a enfin perdu son masque boudeur pour laisser passer une émotion sincère d’inquiétude. Ils ont peur pour moi. Ça veut dire que moi aussi. Mais je suis un imbécile. Je suis la peur, celle qui surprend et qui paralyse, qui mord au cœur comme un serpent. Je cligne des yeux, le serpent apparaît dans ma main, prêt à mordre, surprendre, paralyser mes adversaires. Il s’évapore dans une volute de fumée rouge. Je prends ma cane, je sors. J’écoute le son de mes chaussures sur le sol en pierre du trottoir, salut le petit vendeur de journaux au coin de la rue, hèle un taxi qui s’arrête.
« Dream ! »
            Je me retourne au cri d’Alice qui se tient sur le perron. Elle est terrorisée, elle a peur que je la laisse derrière. Ma petite Alice, ma petite droguée qui a tellement besoin que je l’emmène loin dans ses rêves pour ne pas voir ce monde pourri qui t’a tout pris. Je tends la main, elle dévale les marches de l’entrée de l’immeuble quatre à quatre. Elle poursuit sa course, saute dans mes bras, m’entraîne dans sa chute dans le taxi. Je ris de bon cœur. Je l’aime mon Alice. Que le monde serait triste sans les humains pour vivre les rêves que je souffle à leur oreille. Que le monde est triste quand on est seul.
            Je referme la porte du taxi. Alice est blottie contre moi, ses bras autour du mien pour ne plus me lâcher. Elle me regarde, toute blessée.
« Tu allais me laisser… »
« Tu sais bien que non. Je pensais que tu dormais…tu as aimé le dernier rêve que je t’ai envoyé ? »
            Elle fait oui de la tête mais garde le visage fermé.
« Tu as menti. »
« Quand ça ? »
« Dans ton rêve. Tu as menti. »
« À qui ? »
« Au monsieur à la valise et aux yeux noirs. Il t’a demandé si le monde valait la peine d’être sauvé, et tu lui as dit oui. C’était un mensonge. »
            Je ris doucement. Je ne savais pas à qu’elle était avec moi dans le rêve. Elle est peut-être plus douée que je ne le pensais, peut-être est-ce moi qui n’ai pas su contrôler mon rêve. J’ai vraiment dû aller trop loin dans la Cité des Songes. Je me demande à un moment si la femme en blanc de mon rêve n’était pas une incarnation d’Alice que j’aurai perçu malgré moi. Les humains recèlent tellement de surprises…
« Non, je ne lui ai pas menti. Ce qui était important, ce n’était pas ce qu’on se disait mais ce qu’on se chantait. »
« Mais c’est lui qui chantait à ce moment-là ! »
« C’est vrai…c’était sa dernière leçon, la dernière qu’il me fallait apprendre. »
            Elle est pendue à mes lèvres, elle attend la fin qu’elle na pas compris, le message que le rêve m’a apporté.
« Il a dit : le monde change, les règles changent. Ceux qui se soumettront resteront, ceux qui résisteront partiront. Et nous ne nous soumettrons pas. Nous brillerons une dernière fois comme les étoiles explosent dans l’espace, pour briller comme jamais nous avons brillé. Puis nous disparaîtrons. À jamais. »
            Le taxi s’arrête. Nous sommes juste à côté du point de rendez-vous. Il a conduit jusqu’ici comme en rêve, sans trop y réfléchir. Malgré les ordres de ses supérieurs de guetter tous ceux qui sont passés dans sa voiture, il ne se souvient que d’un couple comme les autres qu’il oublie aussitôt, perdu qu’il est dans un recoin brumeux de sa mémoire. Alice et moi sortons de la voiture. On s’approche tous deux de l’entrée, croisons au ravissement de la jeune femme une foule bigarrée de vampires, créatures de la nuit, mages, sorciers, démons, diables, fantômes, spectres, squelettes. Il y a même des humains.
« Ça te plaît ? »
« Oui… »
            Elle a répondu dans un souffle, fascinée.
« C’est si…enfin…c’est si…vrai... »
« Bien sûr que c’est vrai. »
« Je veux dire…c’est comme se réveiller d’un rêve merveilleux, mais le rêve continue. D’habitude, le réveil emporte avec lui tout ce dont tu avais rêvé de bon ; là c’est l’inverse ! »
            Elle sourit de toutes ses dents, je suis content. Elle risque sa vie ce soir, il faut que ça en vaille la peine.
« C’est dangereux, ici pour toi, tu sais. »
« Oui, je sais. »
            Elle a répondu sans ciller, pleine de résolution. Elle sait, elle est venue en connaissance de cause.
« Mais ça aussi c’est la leçon de ton rêve. »
« Qu’est-ce que tu veux dire, petite Alice ? »
« C’est aussi ce qu’il a voulu te dire, le monsieur à la valise et aux yeux noirs. Qu’il faut apprendre à mourir. Que le monde ne peut pas être changé. Qu’on ne peut que vivre, monter - le plus haut possible - et prier de disparaître lorsqu’on est au firmament ; car la suite n’est qu’une longue chute dans laquelle il n’y a plus d’ivresse, plus de rêve. On monte vers le rêve, on descend vers la vie. Les deux ne sont pas compatibles. »
            Nous rentrons, je donne mon invitation aux deux trolls qui se chargent de la sécurité, pense mentalement à ressortir avec Alice si je ne veux pas qu’elle se fasse dévorer. C’est idiot, j’aurai dû penser à amener une chèvre, avec ça elle aurait été protégée des trolls. Je repense à ce que m’a dit Alice. Apprendre à mourir. Peut-être. Peut-être que c’est le prix à payer quand on vit pour soi, à contre-courant. À la fin il ne reste plus qu’à partir dans un éclat, faire le plus de bruit possible lors de cet instant sacré entre tous ; et disparaître. À Jamais.


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