mercredi 12 mai 2010

Il - 09 - Je







Je marche. J’ai toujours adoré marcher,  seul si possible ; en musique c’est encore mieux. C’est un moment unique où je peux être avec seul moi-même. Avant, je ne marchais jamais juste à côté des gens ; c’était une connexion, une communion trop intime pour moi. Lorsque je marchais avec mes anciens potes, je restais toujours derrière eux, je retrouvais ma place solitaire même en groupe, belle image de ce  que j’ai toujours vécu. Il m’a fallu longtemps pour comprendre que ça venait de moi et de personne d’autre, une quête initiatique pour l’accepter. Reste la marche, toujours aussi enivrante.
J’arrive d’un coup rue Dante qui m’emmène sur le boulevard Saint-Germain et la rue Saint-Jacques. Le flot intarissable de touristes à casquettes ne me fait pas ralentir une seconde. Lorsque je marche, je marche vite ; à la fois pour la sensation de vitesse, celle de mes muscles qui se contractent et se relâchent, la respiration qui croit.
Je repense à ceux qui vivent probablement encore ici, les moments que j’ai vécu avec eux. Je repense à toutes ces soirées, ces moments passés ensemble que je finissais invariablement par fuir à un moment. Ils avaient trouvé une expression pour ça, ils appelaient ça un départ violent : je me levais d’un coup, sans prévenir,  et je filais loin d’eux ; en quelques secondes j’avais dit au revoir à tout le monde, pris mon casque de scooter, mes affaires et je partais. C’était comme un brusque passage à vide ; en un claquement de doigt, tout changeait autour de moi : les moments si intimes et réconfortants se muaient en scènes vides de sens où je n’avais pas ma place. Pire, j’avais le besoin physique de m’en extraire, pulsion à laquelle je cédais sous peine de grandes souffrances internes.
Ça a duré des années, ils m’ont beaucoup vanné, stigmatisé avec ça ; je n’en connais aucun qui se soit demandé pourquoi je le faisais ou qui m’ait simplement posé la question. On était assez jeune à l’époque, on avait le besoin de se mordre les uns les autres dans notre perpétuelle compétition, notre course vers la réussite qui nous opposait tous.  Si je l’avais dit, je me demande s'il y en aurait eu un seul assez lucide pour le voir.
C’est amusant, je pense que si le moindre d’entre eux m’avais posé les bonnes questions, j’aurais tout dit. Je crois que c’est ce que j’ai toujours attendu, quelqu’un qui me pose les bonnes questions, qui me montre, un tant soit peu, qu’il a vu ce qui compte pour moi, qu’il tient à moi. J’ai passé quinze ans avec ces potes et aucun d’entre eux ne l’a fait. On a vécu beaucoup de choses ensemble, des choses qui feraient dire à n’importe qui avec un regard envieux qu’on était vraiment de bons amis. Mais pour moi, parce qu’aucun d’eux n’avait pu faire ces petites choses que j’attendais et que je voulais spontanées, ça n’avait finalement que peu d’importance. C’est pour ça que j’ai pu les quitter si facilement.  Toutes les apparences étaient là pour dire à quel point on était proches. Fondamentalement pourtant, on n’a jamais construit le pont qui pouvait faire qu’on allait se rejoindre.
Je suis place de l’Odéon maintenant, notre ancien lieu de rendez-vous à tous, invariable pivot de nos sorties du week-end. C’est toujours rempli de gens qui ressemblent à ce qu’on était à l’époque. La proximité de mon rendez-vous à venir me vrille brusquement l’estomac. J’approche. Dieu sait qu’en ce moment je n’ai pas envie d’y aller ; je sais aussi que je dois le faire. Pas parce que c’est bien, par pour une quelconque leçon morale ou pour prouver quoi que ce soit. Juste pour moi, parce que j’ai décidé de le faire. N’empêche, j’ai peur.
On pourra me demander pourquoi j’ai attendu quinze ans pour partir. J’aimerais que celui qui me pose la question essaye d’être seul comme je peux l’être juste quelques jours d’affilée ; je lui demanderai après s’il n’a pas besoin lui aussi de rapports humains, aussi illusoires et fictifs soient-ils, pour tenir le coup. Ces relations, compensatoires et qui n’étaient qu’un baume apaisant de la douleur, n’ont jamais réglé les choses essentielles ; elles m’ont donné le temps de grandir pour supporter les réponses que je cherchais, la stabilité nécessaire pour les accepter, le courage dont j’avais besoin pour ne pas fuir cette réalité-là mais la vivre pleinement, m’accepter tel que je suis et vivre.
Voilà ce que je dois à ces anciens amis, du temps. Je leur en ai pris beaucoup, je leur en ai donné aussi. Je n’ai pas honte de cet échange dont ils ont largement pris les bénéfices, pas honte non plus d’être parti sans un mot. Oui ils m’ont donné du temps mais j’ai aussi pris une place, un rôle dans leur groupe dont ils avaient besoin et dans lequel ils m’ont cadenassé. Il ne faut pas croire que les mecs sérieux et qui arrivent à l’heure n’ont pas leur utilité, même parmi les déconneurs ; ils se prennent des vannes dans la tête du matin au soir, mais tout le monde est bien content d’avoir ce genre de mec sous la main de temps à autre.
Je longe maintenant le jardin du Luxembourg, croisé des joggers qui me regardent d’un air assassin ne pas m’écarter sur leur passage suant. Je m’engouffre finalement dans le parc, j’ai envie d’entendre le bruit des graviers sous mes pas et de sentir le soleil sur ma peau. Je revois en rêve tous les souvenirs qui me rattachent à cet endroit, les ballades, les joints fumés en douce, ma main qui s’égare sous la jupe d’une copine lointaine. Je m’amuse à penser que les moments que j’ai vécu avec quelqu’un sont si rares dans ma vie et pourtant ce sont les seuls dont je parvienne à me souvenir au final, comme si leur évidente valeur s’imposait à moi grâce à mon travail de mémoire.
Fleur est la première à avoir posé les bonnes questions naturellement. J’ai voulu y voir un signe, une évidence du fait qu’on était fait l’un pour l’autre et qu’on passerait le reste de notre vie ensemble. Je marche derrière mes potes mais je marche au même niveau que la fille avec qui je sors ; je la regarde marcher à côté de moi, prendre mon bras, passer devant pour me montrer un truc, s’arrêter derrière moi quand elle cherche quelque chose dans son sac à main. Ces infimes détails d’une vie me suffisent. Je n’ai pas besoin d’autre chose. La simple présence, lorsqu’elle s’accompagne d’une affection sincère, de la femme qui partage ma vie suffit à combler tous mes désirs. Je n’ai jamais cherché le grand, les paillettes, l’inutile. Mais il faut qu’elle soit là, pas par erreur mais par choix. Un choix qui est à elle, qu’elle fait en connaissance de cause et qu’elle assume.
Fleur n’a jamais voulu faire ce choix. Non pas qu’elle ait fuit ou laissé le doute s’insinuer. Elle me l’a toujours dit, on en a souvent discuté ensemble. J’ai tout tenté pour la faire changer d’avis mais c’était une cause perdue depuis le départ. Alors je me suis aveuglé. J’ai donné à des phrases sans importance des valeurs de serment, j’ai octroyé à des gestes anodins des sous-entendus d’engagement pour la vie. Celle-ci m’a rattrapé bien sûr ; lorsque j’ai forcé, en douceur certes mais c’était cela dont il s’agissait, Fleur à faire un choix, elle est partie sans demander son reste. Simple, évident, clair. Et je suis resté seul, plus fortement que jamais. Je n’avais pas encore réalisé à l’époque le formidable cadeau qu’elle me faisait.
Je suis place Vavin en quelques pas supplémentaires. Le beau temps, si rare pour la saison, a attiré tous les Parisiens du quartier dehors. Les restaurants bourdonnent d’activité et les terrasses de café ne désemplissent pas. Dans toute cette cohue, je n’arrive pas à discerner qui que ce soit. L’appréhension de la rencontre revient d’un coup ; sorti de la transe que ma marche inaltérable m’offrait, je me retrouve tout nu au milieu de la foule, dans l’expectative du moindre signal familier. Je me croirai à un entretien d’embauche ou au premier rendez-vous avec une nana. Des yeux, je cherche un visage, une silhouette, un blouson, une coupe de cheveux. Rien. La perception visuelle n’a jamais été mon fort. Tournant en rond, piétinant sur place, je m’énerve comme d’habitude. Je décide de bouger, de faire le tour de la place. En mouvement, je suis bien.
« Damien ! »
Je m’arrête. Je reconnais cette voix, je ne les oublie jamais. Avant la moindre image, des sensations reviennent à ma mémoire, des moments de contact avec celui à qui appartient cette voix, des mains qui se serrent ou se tapent l’une dans l’autre pour se dire bonjour. Je me souviens d’un rire forcé de temps à autre, d’un regard troublé malgré les apparences, des grands gestes des bras pour insuffler un peu d’ampleur à des évènements sans gloire. Un visage, vague se forme dans ma tête et, enfin, un nom. Abel.
Je me sens rougir, les émotions qui attendaient sagement ce moment pour brusquement s’emballer d’un coup. Impossible de les contenir avec des pauvres raisonnements et des injonctions intérieures. Je prends les émotions de plein fouet, je ne cherche plus à les éviter ou les combattre. Elles font partie de moi, je suis comme ça et c’est comme ça que je veux être.
J’avance vers la table où il est assis. Je suis encore plus surpris de découvrir Fleur assise à côté de lui, visiblement émue elle aussi. J’avais fini par oublier qu’ils étaient amis au départ. Lorsqu’on est sorti ensemble elle et moi, j’ai voulu en faire ma copine de manière exclusive, couper tous les ponts affectifs qu’elle avait avec les autres pour être le seul objet de son affection. Je dois dire que j’ai fait ce qu’il fallait pour que ça fonctionne. Jusqu’à notre rupture bien sûr.
La surprise de voir Fleur ici ne parvient à occulter la métamorphose que je lis sur le visage d’Abel. Moi qui pensais pouvoir arriver comme celui qui avait tant évolué, je découvre un homme nouveau, en tout cas très différent de celui que j’ai laissé derrière moi. Bien sûr, en apparence, rien n’a changé. Mais il y a une force dans son regard, une volonté farouche de m’affronter de face qu’il n’a jamais eu.
« Salut Abel. »
« Salut Damien. »
La douceur que j’ai mis dans ma voix s’est heurtée à l’âpreté de la sienne. J’entends le son qu’il met dans ses concerts lorsqu’il est suffisamment ivre pour se mettre à chanter, ce son rocailleux et guttural qui est pour moi la marque de son vrai visage. Il en faudra cependant plus pour chanceler. Je tourne la tête vers Fleur qui a repris le dessus sur l’appréhension et se lève pour me faire la bise.
Si proche de moi, je sens son parfum, j’imagine le goût de sa peau et de sa salive, j’ai envie qu’elle soit encore à moi. Un élan irrépressible me donne envie de la prendre dans mes bras, élan que sa gestuelle vient briser. Par des petits gestes simples, elle me fait comprendre immédiatement qu’elle n’est plus à moi. J’en prends note, je me renfrogne mais j’accepte. Entre la résolution d’Abel et ma dépendance physique aux caresses de Fleur, je me dis que c’est pas vraiment gagné pour m’en sortir.
Je m’assois, je les regarde, si proche de moi et pourtant si loin. Je vois leurs regards, j’entends le son de leurs voix, je regarde leurs gestes mais il y a plus que ça, il y a cette connexion neurale qui se fait entre les gens qui se font confiance et qui n’est pas là. À un mètre de distance, nous sommes sur deux planètes différentes. Je me demande si c’est le cas pour eux deux. La facilité avec laquelle ils traversent l’existence est-elle feinte ou sincère ? Ressentent-ils cet attachement l’un envers l’autre, cette fidélité et loyauté au groupe que j’ai tellement fait mine d’avoir mais que je n’ai jamais ressenti ?
« Ça va ? »
« Ça va. »
C’est idiot, je n’ai rien d’autre à dire. Je n’ai, de toutes les manières, jamais parlé de moi. Il va bien falloir pourtant que j’explique au moins un peu pourquoi je suis parti et pourquoi j’ai tenu à les revoir, eux et personne d’autre.
« Alors Damien, qu’est ce que tu deviens ? »
C’est elle qui parle, bien sûr. Elle n’a jamais aimé les silences.
« Je ne sais pas. J’ai pas encore décidé. C’est le problème quand on remet tout à plat, il faut déterminer après coup dans quelle direction tu veux repartir. »
« Mais…tu vas quand même nous dire ? »
« Vous dire quoi… »
J’ai failli l’appeler « ma chérie ». Bon sang, à trop utiliser ce surnom d’amoureux, j’ai perdu l’habitude d’utiliser son prénom. Il va falloir faire attention.
« Je sais pas… »
Ha, enfin la voix grave revient à la charge.
« …nous dire pourquoi t’as disparu du jour au lendemain. Comme ça. Sans un mot d’explication. »
« Ce qui te gêne Abel c’est que je sois parti ou c’est que je t’ai laissé derrière ? »
Je regarde Fleur en coin, je la vois perdue. Elle ne s’attendait pas à ça ; moi oui, c’est pour ça que je voulais voir Abel seul. Mais il a choisi de la prendre avec lui pour me vaincre. Il connaît mes faiblesses mieux que personne et il va se battre avec toutes ses armes, loyales ou pas. Peu importe, le connaissant, je m’attendais à un coup tordu.
« Ce qui me gêne c’est que mon pote se barre d’un coup sans le moindre égard pour moi. »
« Abel… »
J’ai vu son visage tiquer alors qu’elle tente de le calmer. Il avait prévu qu’elle me perturberait çà oui, mais il n’avait pas vu qu’elle pourrait se retourner contre lui. Il se ressaisit vite cependant.
« Je veux comprendre pourquoi t’es parti. »
« Parce que j’en avais envie. »
« Mais encore ? »
« Je suis pas sûr d’avoir envie d’en dire plus. Je suis parti, c’est tout. C’est mon choix, j’ai rien à justifier. »
« On est potes bordel ! »
« Et alors ? Quels droits ça te donne sur moi ? Quel devoir j’ai de te prévenir de mes décisions, fusse de disparaître du jour au lendemain. »
Je crois que l’indolence que je mets dans ma voix le met hors de lui. Il faut que je garde ça en tête.
« Non mais vous allez arrêter, oui. On dirait deux gosses de huit ans. »
La pauvre, elle ne se rend pas compte de ce qui est en train de se jouer. C’est dans chaque couple, chaque groupe, chaque relation établie, ce rapport hiérarchique, cette inégalité structurelle qui fait apparaître un dominant et un dominé. Pour lui comme pour moi, c’est maintenant que ça se joue. Son but n’a jamais été de comprendre ou de recoller les morceaux mais de me faire reconnaître sa douleur à lui, me faire plier à sa loi. Mon but à moi c’est de tout prendre de face et de tenir sans lâcher la bride de la violence.
« Tu sais Damien, on s’est beaucoup inquiété pour toi. »
« Mais ça tu t’en fous probablement non ? »
« Abel… »
« Parlons franchement Abel, tu veux que je m’excuse ? »
« Oui. »
« Tu veux que je fasse ce qu’on fait dans ces cas-là, c'est-à-dire demander pardon et expliquer calmement avec des mots sages pourquoi je suis parti, pardon pourquoi j’ai fui plutôt que d’affronter mes problèmes en face. Tu veux m’entendre dire que fondamentalement c’est ton point de vue de l’histoire qui est le bon, que je fasse abstraction de mon ressenti, l’important étant que j’admette que tu as raison ? »
Il hésite ; il ne s’attendait pas à ce que ça vienne si vite. Je pense que mon sourire n’est pas pour le rassurer. Heureusement qu’il ne voit pas mes mains, rivées à la table du café, trembler comme des feuilles.
« Et bien mon vieux tes excuses tu vas pouvoir les attendre longtemps. »
« Mais enfin Damien, t’es dingue ! »
« Tu peux mettre le maquillage que tu veux là-dessus Abel, je sais ce que tu es en train de faire. Et j’ai eu bien trop de plaisir à casser tout ce qui nous reliait pour avoir des remords maintenant. »
Je le vois ouvrir les yeux plus grand. Il ne s’attendait pas à ce que ça prenne cette forme-là, aussi brute. Peut-être que j’y suis allé trop fort, que j’ai mal vu, mal compris. Un moment, l’envie de revenir sur tout ce que j’ai dit me prend, je veux bifurquer, renoncer, arrêter de me battre. Mais ça serait l’acte le moins sincère que je puisse accomplir. Je suis fier de lui, de ce qu’il est devenu depuis que je ne suis plus là pour le rabaisser sans cesse, l’embrigader dans un carcan qu’il subit jour après jour. Lui aussi s’est libéré de moi en un sens. Il faut regarder les choses en face, nous somme devenus néfastes l’un pour l’autre. Reste à couper le lien historique qui nous uni pour que la métamorphose soit complète.
Je le vois se lever ; un moment j’ai peur qu’il ait envie de me tabasser. Il en est capable, il n’a jamais pris sa force au sérieux mais il est beaucoup plus fort qu’il ne l’imagine. La discussion est finie entre nous, il le sait. Il n’y a plus d’enjeux de victoire et d’orgueil à jouer entre nous. Il prend sa veste et part sans un mot. J’ai vu la tristesse sur son visage, le soulagement aussi.
Je reste avec Fleur qui a perdu son visage de circonstance de jeune fille très étonnée de l’imbécillité des garçons. Elle me regarde, sans agressivité. Je la regarde, je lui souris. Je sens qu’elle se demande un peu ce qu’elle est cens faire dans ces cas-là. Pour la première fois dans notre relation, c’est moi qui prends les devants.
« Merci, Fleur. »
« Merci de quoi ? »
« Merci de m’avoir dit non. »
Je la vois sourire ; elle pense que je moque d’elle.
« Je vais mieux depuis que tu m’as quitté tu sais. Il m’a fallu cette séparation pour voir à quel point je t’avais cloisonné, enfermée dans un couple dont tu ne voulais pas. »
« Je ne sais pas quoi dire Damien. Je suis pas sûr que tu ailles vraiment mieux tu sais… »
Elle sourit maintenant, elle a repris la main. Il faut dire qu’elle sait y faire avec moi.
« Si Fleur, tu ne sais pas à quel point. Ça commence avec une grosse phase de remise à plat où tu casses tout ce qui t’entoures mais je te jure, ça me fait du bien. C’est pas facile, contrairement à ce qu’on croit, mais je suis plus heureux que je l’ai jamais été. »
« Ha. Et elle s’appelle comment ? »
Je rigole de bon cœur. C’est vrai que sans Fio je n’en mènerai pas large aujourd’hui. Mais même sans elle, ce que j’ai dit est vrai.
« Je vais y aller, Fleur. »
« Ça me fait bizarre quand tu m’appelles par mo, prénom…ça sonne faux ».
« J’ai aucun surnom qui me vienne en tête…autre que ceux que je te donnais quand on sortait ensemble. Mais ça serait déplacé. »
« Toujours ta bonne éducation… »
« Non, c’est plus que j’aurai l’impression de trahir la confiance de ma copine. »
« Qu’est ce qu’elle en saura ? »
« Quand elle me verra, elle saura, je t’assure. »
Je me lève ; avec Fleur aussi c’est fini. Elle a bien tenté de reprendre la main sur moi par le biais des sentiments mais elle n’y est pas plus parvenue qu’Abel avant. On se fait la bise, s’échange des mots de circonstance, se quitte sur un salut distant de la main. Je me retrouve seul, pour de vrai. Je me mets mes écouteurs, je commence à marcher. Je pense à celle qui m’attend loin là-bas et que je vais rejoindre. Je pense à tous ceux que je quitte aujourd’hui, ce choix d’un avenir autre que j’ai fait. Je suis revenu pour ça, pour savoir ce que je quittais, le prix de ce nouveau départ que je prends aujourd’hui. À nouveau, l’image de Fio apparaît dans mon esprit. Je crois que j’ai trouvé quelqu’un à qui j’ai envie de parler.

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