vendredi 17 septembre 2010

Dream - 06 - la Guerre


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            Je marche sur Sullivan Street, passe West 3rd pour arriver sur Washington Square Park. Autour de moi, les humains semblent courir dans un désordre organisé. Ce n’est pas la panique, pas encore, mais ces dernières nuits leur ont réappris à avoir peur du noir, de l’obscurité nocturne. Je vois des mères prendre leur enfant de force par la main pour les ramener dans leur foyer, espérant que la résistance de leur porte et leurs prières tiendront ceux qui sont tapis dans l’ombre de les dévorer. Je vois des étudiants sortir en bloc des bars pour filer dans leur dortoir où le nombre et l’alcool, croient-ils, les délivreront de la peur. Dans leurs regards à tous je vois l’instinct, le sentiment diffus d’être fragiles, victimes, proies. Ils ne parviennent pas tous à mettre des mots là-dessus, rares sont ceux qui intellectualisent ce qui se passe ; mais au fond d’eux ils savent. L’odeur de la guerre est là, palpable dans l’air. C’est une guerre qu’ils ne comprennent pas, qu’ils ne voient pas. Ils ne seront témoins demain que des traces de sang sur le sol, les impacts sur les voitures et les murs, les endroits calcinés. Dans leur cœur, la peur est encore plus vive que l’agresseur est invisible, insaisissable.
            J’arrive jusqu’au parc, me surprend à prendre plaisir à voir la grille éventrée sur cinq bons mètres, la bande jaune de la police autour de flaques d’hémoglobine si grandes qu’il aurait fallu saigner trois vaches pour en couvrir l’étendue. Mais pas de forme de cadavre dessinée à la craie, pas de corps, pas de mobile ; tout ça disparaît au petit jour ; du coup, ils sont perdus. Les policiers sont à dix autour de la scène du crime, collés les uns contre les autres, comme si la nuit qui tombe doucement sur la ville pouvait les aspirer, agripper de ses griffes le premier qui s’éloignerait de la masse réconfortante de la multitude. Je suis le seul qui marche au milieu du trottoir, le seul qui ne se colle pas au mur pour rentrer chez lui d’un air empressé. Je n’ai pas le comportement des autres, je deviens suspect. J’imagine que mes cheveux bleus n’arrangent rien. Le déclencheur sera mon sourire en coin lorsque je regarde les policiers, rassemblés en cercle comme des pingouins qui se protègent du froid. Le plus hardi d’entre eux me fait un signe du bras, le badge en évidence et la main sur son arme ; il s’avance vers moi.
« Bonsoir, officier. »
            Je n’ai nulle réponse. Il a le visage fermé de ceux qui sont prêts à se jeter sur la source de leur peur, exutoire libérateur qui viendra les délivrer de l’étau qui leur vrille le ventre.
« J’ai dit bonsoir, officier. »
« J’ai entendu la première fois, mec. »
            D’autorité, il range son badge, lève sa grosse lampe torche dont il jette la lumière en plein dans mes yeux alors qu’il ne fait pas encore nuit. Connard. Connard qui se réfugie dans la force pour faire taire ses terreurs intimes. Mais ces terreurs, j’en suis le maître mon vieux. Tu n’as pas vraiment pris la bonne solution pour t’en sortir vivant. As-tu seulement remarqué que tous tes collègues, des types qui vont boire des bières avec toi le soir, qui connaissent le nom de ta femme et celui de tes gosses, ceux sur qui tu comptes tellement en ce moment même ont tous détourné le regard, qu’ils font semblant de ne rien voir de crainte d’être impliqué dans notre conversation. Tu crois que c’est moi qui fait ça ? Tu crois que c’est mon œuvre ? Non, c’est celle de la lâcheté inhérente à ta race. Ces mêmes camarades que tu appelles tes amis te laisseront mourir s’il me prenait l’envie de te tuer dans les ténèbres. J’ai dit que les humains avaient peur de la guerre nocturne dont un nouvel acte va se jouer ce soir, je n’ai jamais dit que j’avais de la compassion pour eux.
« Qu’est-ce que tu fais ici ? »
« Je me ballade, officier. Il y a une loi contre ça ? »
            Arrête gros con, arrête de sourire avec ce rictus en coin qui trahi tellement le mépris que tu as pour lui. Fait le mort, prend un air apeuré et laisse le jouir de ses illusions de puissance. La petite voix crie rageusement dans ma tête, priant pour que je fasse un choix sage et adulte.
« Montre moi tes papiers. »
            Des papiers…comme si j’en avais. Pour qui il me prend cet imbécile ? Tu n’as pas remarqué que seuls sont dangereux ceux qui ne perdent pas leur sang-froid dans ce genre situation, marque évidente de leur supériorité ? Je vois tes doigts qui tremblent et agrippe la crosse de ton arme comme un enfant agrippe son ours en peluche la nuit pour conjurer le monstre du placard qui en fait grincer la porte. Et ce que tu sais seulement que ça marche ? Non, tu ne sais rien, tu es mort de peur et tu me fatigues.
« J’ai dit : montre moi tes papiers, tocard. »
            Mon Dieu, pardonnez-moi d’y prendre tellement de plaisir. Sa lampe torche se met à clignoter, s’éteint, se rallume, s’éteint, se rallume et meurt définitivement. Son visage change totalement d’expression. Brusquement, il est dans le noir. Il est dans le noir avec moi. On ne se dit rien, on ne bouge pas. J’entends avec délectation sa respiration qui s’emballe progressivement, l’irrationnel qui gagne son esprit et paralyse son corps. Il ne comprend plus pourquoi tout son corps se met à suer, pourquoi ses jambes flanchent presque, pourquoi il a brusquement si peur. Je vais te le dire, petit policier : c’est ton instinct, autrement plus clairvoyant que ta raison, qui a depuis longtemps compris à quel point tu es en danger, combien tu es faible et vulnérable face à moi. Le pauvre ; maintenant, j’ai de la pitié pour lui.
« Bonne soirée officier. »
            Je pars dans un sourire que je n’ai pas lâché mais qui s’est changé en autre chose, une promesse de douleur s’il me suit dans la nuit. Il ne me suit pas. Alors que je m’enfonce dans les ombres apparues comme par magie (c’est d’ailleurs le cas), il tente de retrouver une contenance avant de retrouver ses potes près du marquage au sol. C’est le cri d’un de ses collègues qui va le ramener à la vie, l’animer pour le rendre à la lumière. Je l’abandonne pour continuer ma route, contourner le parc et marcher tranquillement dans les rues de West Village. Je ne vais nulle part, je ne veux d’ailleurs pas trop m’éloigner de la maison même si j’y ai laissé des chimères en protection des lieux. Je me contente d’arpenter les rues, cible offerte aux chasseurs nocturnes qui vont sortir d’ici quelques dizaines de minutes. Je veux qu’ils m’attrapent, je veux qu’ils essayent. Je veux en tuer suffisamment pour décider leur chef à sortir de leur tanière, pousser les maîtres à venir voir qui tue ses chiens de guerre à la nuit tombée. Pauvre petit flic, si seulement tu avais su que tu tenais presque en joue celui qui répand le sang des victimes nocturnes…mais je doute que les vampires fassent partie de ta juridiction.
            Je marche, seul, avec un curieux goût de déjà-vu singulier. Bizarre comme certains des gestes les plus simples prennent en ce moment chez moi des tournures singulières. Il faut vraiment que je fasse la lumière sur mes rêves du magicien chanteur. La nuit semble tomber d’un coup sur New York, engloutissant de sa noirceur la vie de la ville vrombissante. La cité qui ne dort jamais est bien sage ce soir ; même la lueur des lampadaires semble un bien faible rempart face aux créatures qui vont se déverser dehors. J’ai envie de chanter, de jouer de la guitare. Bizarre, très bizarre.
            Ils m’attaquent alors que je suis perdu dans ces réflexions lointaines. Ils sont cinq ; c’est beaucoup, même pour moi. Pourtant je ne panique pas. Je ne panique plus depuis la soirée avec Alice et le match de baseball qui remonte à une bonne semaine. Depuis l’explosion d’une salle de réunion d’une partie des chasseurs du Conseil à Union Square, c’est la guerre partout le soir. Chaque nuit, les rebelles sortent se battre contre la milice composée de vampires, des loups-garous et de ceux qui se sont rangés du côté des cinq chefs. Que j’ai été triste d’apprendre tous les grands noms qui se sont rangés sous leur bannière tyrannique. Il y a là des gens intelligents, des gens que j’estime. J’ai trop peu d’amis pour les compter dans les rangs adverses, Dieu merci ; mais tout de même, ça fait quelque chose. J’espère ne jamais avoir à choisir entre ce que je crois être juste et quelqu’un auquel je tiens.
            La frappe de griffe du loup-garou me sort de ma rêverie. Lui part dans la sienne alors que sa main velue balaye l’air. C’est le moment que choisissent les quatre vampires qui l’accompagnent pour se jeter sur moi. Ils espèrent qu’ayant utilisé mon pouvoir sur le plus dangereux, ils auront quelques secondes de répit avant que je puisse tenter un de mes tours. C’est sans compter sur Sagav et Saned qui sortent de l’ombre pour contrer leur assaut. Le combat qui s’ensuit ne m’intéresse pas. L’attaque surprise de mes chimères ainsi que la force que je leur confère devrait logiquement lui offrir la victoire. Je m’arrête toutefois plutôt que de continuer mon chemin. Ils sont quatre tout de même.
            Je fais volte-face pour voir un vampire plus rapide que tout le monde se jeter sur mon dos. Il ne s’attendait pas à me voir me tourner, il est pris à contre-pied. J’en profite pour sortir mon épée de ma cane et fendre l’air en direction de sa gorge. Le sang gicle en trombes, comme il le fait à chaque fois qu’il s’écoule du corps d’un membre de sa race. Mon agresseur n’a toutefois pas pris le coup de taille de plein fouet, sa vitesse l’a sauvé in extremis. Il se rattrape sur le sol, la main au niveau de la gorge d’où s’écoule le fluide vital qui le maintient en vie. Beaucoup plus vite que je ne l’aurai cru, il se jette à nouveau sur moi, m’agrippe par le torse et me plaque contre une grille noire qui sépare une école privée de la rue. Le choc est rude, me coupe le souffle alors que la douleur se répand dans mon dos. Ça fait bien longtemps que personne ne m’a secoué autant. Pourtant je n’ai pas peur, toujours pas. Collé à moi, il tente de me mordre au coup, j’interpose le manche de mon épée au dernier moment. Il le mord à belles dents, sans pour autant le briser par la seule force de sa mâchoire comme il l’aurait cru. Derrière, je vois Sagav qui tient dans une main le corps d’un vampire affaissé, le cou brisé. L’autre tourne autour de ma chimère n’osant pas attaquer. Saned a plus de mal ; il est d’avantage conçu pour désarmer les grosses brutes plutôt que des morts-vivants. Si les griffes du vampire semblent s’enliser dans le corps incorporel de mon autre chimère, celle-ci ne parvient guère à blesser son adversaire. Mon vampire à moi change brusquement de tactique et tente de m’écraser sous la force de ses bras. C’est bien trouvé, il est plus puissant que moi. Mais j’ai déjà mis le doigt sur les cauchemars qui le suivent depuis sa vie humaine. J’en trouve la clef, libère une chimère créée sur l’instant pour incarner ses peurs les plus profondes. Il se met à hurler alors qu’une femme au visage difforme prend avec violence le visage de mon adversaire entre ses mains, hurlant un son incompréhensible à mes oreilles. Le pauvre vampire tombe au sol, geignant comme un chiot à qui on a décoché un coup de pied trop violent. Il est en vie mais il n’embêtera plus grand monde celui-là ; j’imagine que c’est à peine s’il sentira la lueur du soleil s’abattre sur lui demain matin pour le réduire à un petit tas de cendres.
            Je suis hors la loi maintenant. On ne s’est rien dit avec les gens du Conseil mais c’était évident depuis le match qui a rassemblé une grande partie des rebelles. Le bruit s’en est répandu très vite, non du match en lui-même mais du nombre de gens qui sont venus. Les plus timorés ont finalement choisi de croire en notre lutte et, galvanisés par cette heureuse nouvelle, se sont joints à nous. Reste que nous sommes en infériorité numérique, désorganisés, désunis. Je me demande souvent ce qui nous a tous poussés, dans un camp comme dans l’autre, à nous battre sans rémission. D’où nous vient cette rage chevillée au corps qui nous pousse à sortir chaque soir risquer notre vie ? Il y avait d’autres solutions : l’exil, la soumission, le compromis. Nous avons choisi, et je me compte dans le lot, la plus primale et la plus violente. Peut-être est-ce notre nature profonde ? Nous sommes des monstres après tout.
Alors que je m’apprête à prêter main forte à mes chimères, je sens une vague de pouvoir qui déferle et alerte tous mes sens magiques. Il y a quelque chose qui approche, un individu puissant qui ne prend même pas la peine de masquer sa présence. Je souris à l’approche de cette confrontation dantesque avec une même phrase qui tourne dans ma tête à répétition : j’écris ma propre histoire.
            Je n’aurai pas le temps de me pencher plus que ça sur la signification de cette phrase cryptique. Il arrive très vite, bien plus que je ne l’aurai imaginé. Il retombe sur le sol de tout son poids, démultiplié par sa transformation. D’instinct, les chimères se sont écartées, les vampires ont pris le large. Tout semble s’arrêter autour de nous alors qu’il est à moins de trois mètres de moi. Il me domine de toute sa taille, sa rage, sa certitude de la victoire également.
« Bonsoir Gonzales. »
            Il ne répond rien, décidément ce soir c’est une habitude chez mes interlocuteurs. Il faut dire que dans l’esprit du maître des loups-garous, l’heure n’est plus aux palabres mais au combat. Je constate, flatté, qu’il s’est fait couvrir de sceaux magiques destinés à le protéger de mes pouvoirs. Je reconnais sans peine la marque de Felicity, la chef des sorcières. Peut-être qu’Alice avait raison finalement et qu’ils couchent bien ensemble. Ça me le rend assez sympathique même si plus je l’observe plus je prends la mesure du formidable adversaire que j’ai en face de moi. Il est plus fort que moi, c’est sûr ; je suis plus malin et je peux tirer avantage de la situation, du terrain ; mais fondamentalement il est plus fort. Elvis. Il faut que j’appelle Elvis. Mais qu’est-ce que c’est que cette pensée absurde. Je manque de m’esclaffer alors que l’image du King se matérialise dans ma tête. Appeler Elvis, quelle drôle d’idée.
            Mon hésitation n’a toutefois pas échappé à Gonzales dont tous les sens sont en ce moment exacerbés à leur paroxysme. Il bouge trop vite pour que je puisse réagir, lance son bras et vient trouver ma tête qui explose sous le choc. Un instant persuadé de sa victoire, rapide en outre, il déchante vite lorsqu’il voit mon corps fait de fumée se désagréger sous ses yeux. Je réapparais deux mètres plus loin, sortant des ombres où j’ai trouvé refuge. Mon corps physique réagit moins vite que le sien, mais personne n’est plus rapide que moi pour lancer des sorts. Il a été trompé par sa connaissance des sorcières qui ont l’habitude des formules magiques et des incantations. Moi je n’ai pas besoin de tout cela pour utiliser mes tours. Reste que c’était moins une et qu’il a bien failli m’avoir.
« Raté mon vieux, il va falloir t’appliquer mieux que ça ! »
            Un grognement sourd répond cette fois-ci à ma bravade. Je dois l’enrager, le pousser à faire une erreur. Avec mon sourire moqueur, je me dis que j’ai tout ce qu’il faut pour froisser qui que ce soit ce soir.
            Nouvelle attaque de Gonzales que j’esquive au dernier moment en me jetant en arrière. J’en profite pour le taillader d’un large coup d’épée au niveau du sternum. C’est peine perdue, je n’entaille même pas son pelage sombre. S’il résiste à toutes mes attaques physiques et qu’il a des protections contre mes sorts, je vais être vite désarmé. Nouvelle attaque, qui ne s’arrête plus ; battant des mains face à lui il me force à reculer sans cesse pour ne pas être déchiqueté sur place. Puis tout s’emballe : Une femme immense au corps vert de serpent surgit derrière moi, m’enroulant dans ses anneaux qui me broient instantanément. Je crie de douleur, me dématérialise en fumée pour apparaître quelques mètres plus loin sur la gauche, esquive une autre frappe de Gonzales en me jetant sur le côté, bloque la décharge d’éclairs magiques que la femme-serpent vient de m’envoyer. Je bloque le sort mais la décharge physique me propulse au sol. Je vois brusquement l’immense masse du loup-garou fondre sur moi des airs dans lesquels il s’est projeté. Ma rapidité à effectuer des tours magiques me sauve encore alors que je crée un écran de fumée rouge, plongeant tout le monde dans le brouillard.
            Là je commence à paniquer. J’ai trouvé refuge derrière un arbre, tentant de reprendre ma respiration. Je vais perdre ce combat à deux contre un dans lequel je suis perpétuellement sur la défensive. Je dois trouver un moyen d’en tuer un vite pour affronter l’autre à armes égales. J’en suis là de mes réflexions quand une décharge froide d’horreur de paralyse sur le coup. Ça ne vient d’aucun adversaire ; c’est une de mes chimères qui vient de mourir. Cindy, ils ont tué Cindy. Cindy que j’avais laissé à la maison. Ils sont chez moi. Alice est chez moi. La terreur parcoure mes veines alors que les images arrivent brutalement dans ma tête, que j’imagine ce qui peut bien arriver en ce moment à mes enfants et la femme que j’aime. Je dois y aller.
            Le moment où je sors de ma cachette coïncide avec l’attaque de la femme-serpent. Je l’esquive à nouveau, roule sur le sol, me relève. À fuir comme ça je fais une cible parfaite, mais ce que je peux découvrir chez moi me fait bien plus peur que de combattre ou me faire blesser. Je continue mon sprint dans Washington Square Park. Le choc du corps de Gonzales qui s’écrase sur moi me plaque face contre terre. Incapable de bouger, l’esprit trop en berne pour lancer un sort si vite, je sens sa mâchoire qui trouve mon épaule et mord de toutes ses forces. Mon cri résonne dans tout le parc. J’entends autant que je sens les os qui sont broyés par la fantastique force de la gueule, les muscles qui se déchirent, le sang qui se met à couler. Par réflexe, je projette mon pied vers le haut, trouve non sans une joie mauvaise les parties génitales de Gonzales que je frappe de toutes mes pauvres forces. Ça le fait réagir et me donne l’espace pour me libérer. Je sors en trombe, mais non sans prendre une autre frappe de griffe dans le dos. Bon Dieu que ça fait mal. J’avance, titube, pose un genou à terre. À bout, mon corps est à bout. La force des attaques couplés aux sceaux magiques qui blessent mon essence chimérique aura bientôt raison de moi. Je vais peut-être mourir. Mais je ne pense qu’à Alice, Alice que ces salauds ont pu blesser ou même tuer. Il faut que je trouve le courage de rentrer la sauver.
            Gonzales se relève, l’œil noir et aussitôt rejoint par la femme-serpent. Sur son visage à lui je vois une promesse de vengeance, dans ses yeux à elle la certitude de leur victoire. Je ne pourrais pas m’échapper sans les battre, mais je ne pourrais pas les vaincre dans mon état actuel. Alors que le champ des possibles s’emballe dans ma tête, la douleur reflue en moi, lançant mon épaule broyée et mon dos d’où s’écoule du sang. Je me suis cru invincible, tout puissant chez moi, dans ce quartier qui est le mien. Combien je les ai sous-estimé, eux, leur force, leur nombre. J’en paye le prix ce soir. Je n’aurai d’ailleurs pas de seconde chance, ma prochaine action sera décisive et scellera le combat dans un sens comme dans l’autre. Je peux plus me battre, à peine lancer un sort. Je ne sais pas quoi faire. Ma vision se brouille, le visage de mes adversaires semble se métamorphoser, prendre d’autres traits qui sont bizarrement très nets alors qu’ils devraient perdre en consistance. Un nouveau flash me ramène à mes intuitions chimériques, le magicien dont j’ai pris les cheveux. Je ne suis pas un combattant, je ne suis pas un magicien ; ma force ne réside pas là. Je suis Dream, je suis le rêve. Je dois faire confiance à cette part intangible et folle qui est en moi si je veux vaincre.
            Tenant, à peine debout, incapable de bouger, je les vois qui s’avancent vers moi ; moi qui suis tout seul dans Wahsington Square Park et Alice est peut-être morte. Je n’ai pour seul espoir que les appels venus d’autres mondes que je reçois par fragments. Il est temps de voir jusqu’à quel point j’ai eu raison de croire en eux. Mes adversaires se placent de part et d’autre de moi, armes leur coup, se jettent sur mon corps blessé. Et moi j’appelle Elvis.

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