Découvrez la playlist Dream intermède avec Dire Straits
Bonjour à tous. Il n’y aura pas de texte cette
semaine. J’étais pourtant à l’heure et il est écrit. J’en suis assez fier
(contrairement au texte de la semaine dernière que je trouve moins bon). Mais
je n’ai pas l’autorisation de le publier. De façon très intéressante, cette
interdiction, dernier domino d’une longue suite, est le cœur même de
« Dream ». Ma seconde histoire publiée sur ce blog est en effet bien
des choses mais c’est aussi un adieu ; un adieu à un monde, une vision qui
a été pour moi l’un des plus formidables apports à mon imaginaire.
Le monde que j’évoque parfois dans « Dream »,
via les visions du personnage éponyme, n’est pas à moi. Il appartient à un ami
qui l’a créé il y a longtemps. Cet univers imaginaire a été partagé par la
suite, notamment par moi, il a évolué, grandit, changé. Mais il est resté
viscéralement lié à son créateur. C’est une chose que je respecte profondément,
sorte de principe fondamental auquel je crois du fond du cœur. Les univers, fussent-ils
rêvés, que nous créons sont nôtres : nous en avons le loisir mais aussi la
charge, la responsabilité. Prendre de force ce fragment de notre intimité est
pour moi un crime grave (à l’échelle de la création bien sûr).
Je suis donc allé voir cet ami il y a quelques mois
pour lui demander l’autorisation de parler de son univers dans mes textes.
C’était pour moi un passage obligé et un engagement fort. J’ai donc fait ma
demande de manière explicite et j’ai eu son autorisation. Puis j’ai commencé à
travailler sur « Dream ».
Mais si le monde imaginaire de mon ami a profondément
évolué ces dernières années, son rapport à cet univers à lui aussi subit des
changements. Il désire aujourd’hui faire de cet univers une forme
commercialisable. C’est un processus qui est venu naturellement et qui me
semble cohérent ; je suis en outre un fervent adepte de cette démarche. Les
créateurs ont toujours face à eux la problématique de vivre de leur pouvoir d’imagination.
Nous ne faisons pas un métier « sérieux » et joindre à la fois le
besoin de gagner sa vie et de nous accomplir dans ce domaine singulier de
l’écriture, au sens large, est très difficile. J’ai accumulé suffisamment de
jobs alimentaires pour le savoir.
L’ennui, c’est que cette démarche, aussi légitime et
souhaitable soit-elle, ne me convient pas. J’ai toujours eu vis-à-vis de
l’univers que je cite sans pouvoir le nommer, un rapport léger et sans
engagement. Pour moi, il s’agit d’histoires que nous nous racontions à
plusieurs, un monde que nous avons construit en collaboration dont l’unique but
était d’être partagé. Mais, pour ma part, sans jamais oublier non plus qui en
était à l’origine. Ce monde a changé, notre rapport à lui aussi.
« Dream » était une façon de lui dire
adieu, de sortir pour de bon, de façon élégante et qui m’appartienne, de cet
univers dans lequel je ne me reconnais plus mais que j’ai énormément aimé et
qui m’a terriblement influencé. J’ai donc construit toute l’histoire de Dream
et d’Alice sur ce pivot, ces passages vers un univers autre qui n’existe plus
que par bribes de souvenirs. Aujourd’hui, je n’ai pas le droit de citer et de
mentionner cet univers comme je le souhaite, ce qui bloque toute possibilité de
continuer l’histoire que j’ai imaginée en l’état. Les liaisons avec le monde
dont je parle ont une telle importance dans la construction de l’intrigue que
sans avoir une liberté totale d’expression, je ne peux plus écrire.
Pourtant, je ne peux pas dire que je sois surpris
outre mesure. La décision de mon ami me surprend, certes, en ce sens que
j’étais persuadé d’avoir sa confiance et son assentiment total dans ma
démarche. Il a choisi de revenir sur cette décision, c’est ma foi son droit le
plus essentiel. ; le caractère public de ce blog le gêne à un moment où il
tient avant tout à protéger la propriété de son œuvre. Mais encore une fois,
après mûre réflexion, je trouve cette décision presque naturelle.
« Dream » devait être la scission finale (évoquée dès le premier
texte) entre moi et l’univers cité, cette scission a pris un autre
visage ; fondamentalement, la démarche est la même, elle a juste pris une
autre forme.
Reste mon histoire, celle qui n’est qu’à moi et mes
réactions face à quelqu’un (et c’est bien la première fois) qui me dit ce que
j’ai le droit de dire et de ne pas dire. C’est un sentiment étrange, et très
perturbant ; je ne connais personne, qu’il soit ami, inconnu ou éditeur
qu’il l’ait fait par le passé. J’ai toujours été ouvert à la critique, même si
ce n’est pas facile, vis-à-vis de mon travail d’écriture. Ils se font rares,
mais les commentaires que je reçois de mes histoires sont tous écoutés avec le
plus grand soin. Mais je les écoute parce que je sais qu’au fond et moi et ceux
qui les rédigent savent qu’au final l’histoire m’appartient, qu’elle est à moi.
Sans cet accord tacite, il ne peut pas y avoir de discussion autour de ce que
j’écris. Cette interdiction, qui porte pourtant sur des points en apparence
anecdotiques, m’a touché particulièrement.
L’écriture étant un exercice, en ce qui me concerne
tout du moins, tout à fait intime, la force des émotions qu’il génère chez moi
est très intense. Je considère, encore une fois avec une certaine mesure et
tout en étant conscient de l’apport bénéfique des apports extérieurs, que
personne n’a à me dire ce que je dois raconter. Mes histoires peuvent plaire ou
non, certains détails peuvent surprendre, choquer, mais ça ne donne en rien le
droit à quiconque de m’interdire de les raconter.
Le problème actuel est cependant plus épineux puisque
j’ai choisi d’écrire sur un univers qui ne m’appartient pas. J’ai pris le
risque de faire rentrer dans cette intimité si particulière à l’écriture un
monde qui n’est pas le mien. Et parce que j’ai tant d’affection et de respect
pour les histoires que je raconte, je comprends tout à fait pourquoi mon ami
l’a interdit de parler de son univers intime à lui.
Reste que j’ai une histoire à raconter et faire
partager, que tout dans « Dream » ne se résume pas à une passerelle
vers cet univers qui n’est pas à moi. Il me faut toutefois revoir drastiquement
l’ensemble de l’intrigue si je veux suivre les injonctions qui m’ont été
faites. Je dois avouer que je n’en ai en outre aucune envie. Cette interdiction
aura eu le mérite de me rappeler la valeur que je mets à mon indépendance
créatrice, le besoin impérieux de n’attendre l’aval de personne non sur la
façon d’écrire (il m’a déjà été dit de réécrire totalement un manuscrit si je
voulais le voir publié, ce que je trouve tout à fait recevable et juste) mais
sur le contenu même, la manne de mes histoires.
Je vais donc réécrire l’histoire de Dream en
supprimant les références à l’univers de mon ami. Il s’agira d’ailleurs en
apparence de changements mineurs pour mes lecteurs qui attendent la suite de
l’histoire. Pour moi par contre, ce sera un gros travail, et dans la
construction de l’histoire et dans sa signification. Je pense cependant être
prêt pour la semaine prochaine. Je vais mettre à jour les textes au fur et à
mesure les textes qui seront modifiés et non effacés (il faudra donc pour les
courageux qui voudront reprendre toute l’histoire aller chercher les anciennes
publications à la date de leur parution). Qu’ils soient assurés que ça me
permettra de corriger les coquilles et les fautes qui parsèment encore mes
parutions…
J’espère que vous me passerez cette fantaisie dans la
narration et que vous comprendrez ce choix. Je tâcherai de rendre ce changement
le plus subtil et le plus harmonieux possible. J’apporte une grande importance
au lien qui unit l’écrivain à ses lecteurs ; c’est pourquoi je suis gêné
de ce changement qui trahit, un peu, la première moitié de l’histoire. J’ai
l’espoir toutefois qu’elle continue à vous plaire. Après ces modifications,
« Dream » sera tout à fait à moi et je pourrais le faire partager
comme je l’entends. Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour la
suite de ses aventures.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire